
Gaëlle Delhon
Il est dâusage de dire quâil nây a pas une endomĂ©triose, mais des endomĂ©trioses. Comprenez : il y a autant de formes de la maladie que de femmes atteintes. Dans ce contexte, certaines trouvent un soulagement en prenant la pilule, dâautres trouvent leur compte dans une mĂ©nopause artificielle, ou dans un changement de rĂ©gime alimentaire. Et puis parfois, malgrĂ© notre bonne volontĂ©, on ne trouve pas chaussure Ă son pied. Hors des sentiers battus, il reste alors les mĂ©decines alternatives, dont la mĂ©decine par les plantes, et notamment, le CBD.
Je ne sais pas vous, mais moi, jâentends de plus en plus parler du CBD comme un remĂšde miracle Ă tous les maux, et notamment Ă lâendomĂ©triose. Alors, CBD et endomĂ©triose : est-ce un pari gagnant ? Un mirage ? Un espoir ? Je dĂ©mĂȘle pour vous le vrai du faux.
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Quand on parle de CBD, on repense bien vite Ă lâodeur de nos soirĂ©es lycĂ©e, aux yeux un peu vitreux de notre pote ThĂ©o, et Ă la petite â ou grosse â cigarette roulĂ©e, qui passe de main en main tel un calumet de la paix. Mais en fait non, lâidĂ©e nâest pas vraiment de sâallumer un joint Ă chaque fois que lâendomĂ©triose nous en fait voir de toutes les couleurs.
Le CBD, câest le petit surnom donnĂ© au cannabidiol, qui selon le Larousse « est une substance active prĂ©sente dans le cannabis, sans effet psychotrope, qui aurait des propriĂ©tĂ©s relaxantes. ».
Pour ceux du dernier rang quâon aurait perdus en route, le cannabis est une plante, que lâon nomme aussi « chanvre » pour faire plus classe et moins polĂ©mique. Et rien que dans cette plante, lâOMS recense environ 200 composĂ©s prĂ©sents, dont le CBD. Parmi ces composĂ©s, on entend aussi souvent parler du THC : câest la substance psychotrope qui a fait le succĂšs du cannabis Ă des fins rĂ©crĂ©atives. Câest aussi une des substances qui le rend dangereux.
Le CBD, dĂ©nuĂ© dâeffets psychotropes, nâest pas considĂ©rĂ© comme une drogue. Il est donc lĂ©gal en France, Ă condition quâil ne contienne pas plus de 0,2 % de THC rĂ©siduel. Plus que lĂ©gal, le CBD est mĂȘme devenu le « traitement » hype par excellence : on lui accorde des propriĂ©tĂ©s relaxantes, apaisantes, parfois antalgiques ou anti-inflammatoires. Alors forcĂ©ment, si on en revient Ă nous, endogirls esseulĂ©es en mal de traitements adaptĂ©s â je dramatise Ă peine â ça donne quand mĂȘme envie de se pencher sur la question. Est-ce que CBD et endomĂ©triose pourrait ĂȘtre notre duo gagnant ?
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Pour bien casser lâambiance dâentrĂ©e de jeu, la position de lâOMS donne le ton : « LâOMS ne recommande pas lâusage du cannabidiol Ă des fins mĂ©dicales. » (1). Mes espoirs sâenvolent, telle la fumĂ©e de ma vapote Ă CBD flambant neuve. Damn.
Alors pourquoi lâOMS se positionne contre lâusage du CBD ? Tout simplement car les Ă©tudes scientifiques manquent afin de dĂ©montrer les bienfaits du CBD Ă visĂ©e thĂ©rapeutique. Pas assez nombreuses, pas assez abouties, axĂ©es sur le cannabis Ă usage mĂ©dical, et non uniquement sur le CBD⊠Bref, on aurait aimĂ© une Ă©tude scientifique qui dise noir sur blanc : « yes le CBD câest top pour lâendo », mais ce ne sera pas pour cette fois.
Le seul point reconnu par lâOMS est lâusage du CBD pour calmer les spasmes liĂ©s aux crises dâĂ©pilepsie (2) ou aux pathologies associĂ©es (3). Un dernier point intĂ©ressant dans notre cas. Vous allez comprendre pourquoi.
Comme lâexpliquait le Dr Lhuillery, mĂ©decin de la douleur spĂ©cialisĂ©e dans lâendomĂ©triose, lors de la confĂ©rence EndoFrance « EndomĂ©triose et douleurs : quelle place pour le CBD ? » du 12 mars 2021 (4), on peut analyser les douleurs dâendomĂ©triose via trois axes :
·    Lâinflammation des nerfs touchĂ©s par lâendomĂ©triose, qui crĂ©e une nĂ©vralgie et les douleurs caractĂ©ristiques : dĂ©charge, Ă©lancement, irradiation ;
·    Le manque de mobilitĂ© liĂ© aux nĂ©vralgies, qui immobilisent les nerfs douloureux, avec un effet domino sur les nerfs et organes voisins â ou comment finir avec le bassin complĂštement figĂ© ;
·    Le traitement de lâinformation douloureuse par le cerveau, qui module lâinformation de la douleur en fonction de lâhumeur, de lâĂ©tat Ă©motionnel ou de stress.
Quel rapport avec lâĂ©pilepsie, me direz-vous ? Et bien Jamy, câest trĂšs simple (dĂ©dicace aux 90âs) !
On traite les inflammations des terminaisons nerveuses, et donc du systĂšme nerveux, Ă lâaide dâanti-Ă©pileptiques ou dâantidĂ©presseurs Ă visĂ©e antalgique. Cela tombe bien, le CBD a pour seule vertu reconnue son action anti-Ă©pileptique. A lâinstar des traitements donnĂ©s traditionnellement, il peut apaiser les douleurs neuropathiques, et Ă terme, permettre aux nerfs de cicatriser. Pas mal, non ?
Au cours de la confĂ©rence « EndomĂ©triose et douleurs : quelle place pour le CBD ? » citĂ©e prĂ©cĂ©demment, le Dr Lhuillery partageait sa façon de voir le CBD et les bienfaits que lâon pourrait en attendre. Selon elle, le CBD pourrait avoir des effets anti-inflammatoires (5), afin dâagir sur les douleurs aiguĂ«s au moment des rĂšgles.
Le Dr Lhuillery, ainsi que de premiĂšres Ă©tudes rĂ©alisĂ©es sur le sujet, prĂȘtent au CBD des vertus contre le stress et lâanxiĂ©tĂ©, piste qui reste Ă confirmer formellement. Si ces allĂ©gations sont validĂ©es par la recherche, le CBD pourrait jouer sur la maniĂšre dont le cerveau traite la douleur et limiter la sensation douloureuse. Enfin, si le CBD est intĂ©ressant face Ă lâĂ©pilepsie, câest notamment pour calmer les spasmes qui surviennent durant les crises. On lui prĂȘte donc ainsi une action anti-spasmodique, qui dans le cas de lâendomĂ©triose, pourrait attĂ©nuer les douleurs pelviennes, les troubles intestinaux ou de la vessie, par exemple.
En clair, comme le rĂ©sume lâOMS : le CBD « pourrait ĂȘtre utilisĂ© Ă des fins mĂ©dicales, mais dâautres Ă©lĂ©ments de preuve restent nĂ©cessaires. ». Et pour donner le mot de la fin concernant les bienfaits du CBD sur lâendomĂ©triose au Dr Lhuillery : « Jâattends avec impatience les Ă©tudes Ă venir [âŠ] je pense que câest un traitement qui a une place entiĂšre dans notre pharmacopĂ©e. »
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Vous lâavez sĂ»rement constatĂ© si vous avez dĂ©jĂ mis les pieds dans une boutique spĂ©cialisĂ©e dans les produits Ă base de CBD : lâoffre est vaste. Spray nasal, huile Ă mettre sous la langue, gommes Ă mĂącher, huile Ă appliquer sur la peau, rĂ©sine Ă faire infuserâŠ
NâhĂ©sitez pas Ă demander conseil au vendeur, et Ă vous tourner vers la forme qui vous paraĂźt la plus pratique dans votre quotidien. De maniĂšre gĂ©nĂ©rale, lorsquâon ne connaĂźt pas le CBD, il est recommandĂ© de commencer par une huile en prise orale, afin de pouvoir maĂźtriser simplement le dosage. De plus, la prise orale permet une action relativement rapide, sous 30 Ă 60 minutes.
Dans tous les cas, voici quelques repĂšres pour choisir vos produits Ă base de CBD :
·    Méfiez-vous des allégations des marques sur les effets thérapeutiques, car celles-ci sont tout simplement interdites, puisque nous avons peu de preuves des bienfaits du CBD.
·    Choisissez des produits qui respectent la norme en France, câest-Ă -dire, des produits qui ne dĂ©passent pas un taux de THC de 0,2 %.
·    Tournez-vous vers les marques qui informent sur les risques du CBD. Il est de leur responsabilitĂ© dâindiquer aux consommateurs comment prendre leurs produits en toute sĂ©curitĂ©. Sans information sur ces risques, on peut supposer un manque de sĂ©rieux de la marque.
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En France, vous pouvez trouver des produits présentant différents taux de CBD, allant de 5% à 45 %. Pour commencer sereinement, le Dr Lhuillery, toujours lors de la conférence EndoFrance dédiée au CBD, conseillait de choisir une huile à 15 ou 20 % de CBD.
Ensuite, on prend une Ă deux gouttes dâhuile et on attend 30 Ă 60 minutes afin de voir si des effets â dĂ©sirables ou indĂ©sirables â se manifestent. Si tout va bien, on peut renouveler la prise. Vous pouvez ainsi tĂątonner Ă votre rythme vers le dosage idĂ©al. Le but ? Voir si lâon trouve un soulagement dans lâusage du CBD pour lâendomĂ©triose, sans pour autant souffrir dâeffets secondaires. A noter : la durĂ©e dâaction du CBD est de 6 h en moyenne.
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Selon lâOMS : « Le ComitĂ© OMS dâexperts de la pharmacodĂ©pendance a conclu que, Ă lâĂ©tat pur, le cannabidiol (CBD) ne semble pas prĂ©senter de potentiel dâabus, ni ĂȘtre nocif pour la santĂ©. »
En soi, le CBD seul ne prĂ©sente donc pas de risques de dĂ©pendance. Il ne constitue pas non plus de menace pour votre santĂ©, Ă condition de lâutiliser en respectant les dosages, et sans lâassocier Ă dâautres substances. En effet, le CBD semble prĂ©senter des risques importants dâinteraction avec dâautres traitements mĂ©dicamenteux.
Câest notamment le cas avec les antiĂ©pileptiques (6), les anticoagulants (7), les immunosuppresseurs et avec la mĂ©thadone (8), souvent utilisĂ©e dans les traitements des douleurs du cancer. Vigilance donc : ne prenez pas de CBD si vous avez lâun de ces traitements ou tout autre traitement mĂ©dical lourd. Ensuite, certains risques sont liĂ©s au mode de consommation du CBD. Par exemple, consommĂ© inhalĂ© (comprenez fumĂ©), le CBD reprĂ©sente des risques cardiovasculaires et cancĂ©rigĂšnes, Ă cause de la combustion.
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Du cĂŽtĂ© des effets indĂ©sirables possibles, on note : bouche sĂšche, vertiges, nausĂ©es, somnolence ou trouble du sommeil, maux de tĂȘte et migraine, fluctuation de lâappĂ©tit, troubles digestifs type diarrhĂ©e.
Comme toujours avec les effets secondaires, tout dĂ©pend de votre profil physiologique et de votre tolĂ©rance au CBD. Vous pouvez trĂšs bien le supporter, comme rencontrer des effets indĂ©sirables plus ou moins marquĂ©s. Quoi quâil en soit, gardez Ă lâesprit : les bĂ©nĂ©fices apportĂ©s par ce « traitement » doivent ĂȘtre plus importants que les effets secondaires. Enfin, comme avec tous les traitements pouvant entraĂźner des somnolences, soyez vigilante et ne prenez pas le volant aprĂšs avoir consommĂ© du CBD.Â
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Morgane
âJâen utilise en huile Ă 20% et en granules ( type homĂ©opathie) et ça calme bien les douleurs lĂ©gĂšres Ă moyennes. Le CBD mâĂ©vite de prendre des mĂ©dicaments pour rien.â
Emi
âL'utilisation du CBD m'aide beaucoup ! Je prends 3 gouttes dosĂ©es Ă 20 % et ça me calme vraiment rapidement. Depuis peu, mon copain s'est achetĂ© une "vapoteuse" pour le cbd et j'ai testĂ© sur mon dernier cycle car je ne retrouvais pas mon huile de cbd. C'est aussi efficace mais je ne suis pas fan de faire passer ça par mes poumons. J'ai aussi un lubrifiant au CBD dont je me sers pour me masser le ventre tout ça fonctionne trĂšs bien pour moi. Et depuis que le Dr Lhuillery mâa conseillĂ© de reprendre des gouttes quand la premiĂšre dose ne suffit pas, ça a vraiment amĂ©liorĂ© mon expĂ©rience. Le gros hic ? Le prix. MĂȘme si finalement, je n'ai pas besoin de gros dosage et que ma fiole de CBD Ă 20 % me dure plusieurs mois (70âŹ).â
AdĂšle
âLe CBD mâaide beaucoup, surtout quand les crises me font stresser (est-ce que je vais pouvoir aller au bureau ?) etc. Ăa apaise mes douleurs et donc mon stress, me permet de dormir sans me tordre de douleur. Jâen prends sous forme dâinfusion et ça marche trĂšs bien.â
Ophélie
âJâutilise de lâhuile de CDB que jâapplique tout au long du mois et particuliĂšrement lors du dĂ©but du cycle. Ăa a lâair de faire son effet. JâĂ©tais encore hier en crise (J1) et jâai rĂ©ussi Ă passer une nuit plus ou moins correcte. Il mâarrive aussi de fumer du cbd de temps en temps ou de boire des tisanes. Mais lâapplication locale est ma principale utilisation et je dois dire que ça fonctionne !
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ConcrÚtement, nous sommes encore dans une zone de floue autour du CBD. Cette substance ne semble pas spécialement dangereuse, elle semble avoir des vertus trÚs intéressantes dans un cadre médical, mais les preuves sont encore insuffisantes pour crier victoire : on ne peut pas affirmer que les bienfaits sont garantis, ni fournir une posologie claire. De plus, la réglementation autour des produits à base de CBD reste floue en France, ne garantissant pas toujours la sécurité des consommateurs.
Alors officiellement, les institutions de santĂ© votent plutĂŽt contre. Du cĂŽtĂ© des endogirls, le CBD peut constituer un nouvel espoir dâun traitement alternatif, qui pourrait peut-ĂȘtre, enfin, correspondre Ă celles qui ne trouvent pas de remĂšde pour apaiser leurs douleurs. Dans ce contexte, il nous revient de choisir, Ă nous et Ă nous seule, en connaissance de cause, si lâon souhaite tester le CBD, ou si lâon prĂ©fĂšre attendre dâen savoir plus.
(1)Â Â OMS : https://www.who.int/fr/news-room/questions-and-answers/item/cannabidiol-(compound-of-cannabis)
(2) Â Stockings, E. et al. (2018) âEvidence for cannabis and cannabinoids for epilepsy : A systematic review of controlled and observational evidenceâ, Journal of Neurology, Neurosurgery and Psychiatry, 89(7), pp. 741â753.
(3)Â Â Devinsky, O. (2017) âTrial of Cannabidiol for Drug-Resistant Seizures in the Dravet Syndromeâ, New England Journal of Medicine, 377(7), pp. 699â700.
(4)  Conférence EndoFrance : Endométriose et douleurs : quelle place pour le CBD ? Le 12 mars 2021, disponible sur https://www.youtube.com/watch?v=qDywjfFT5xs
(5)Â Â Formukong EA, Evans AT, Evans FJ. Analgesic and anti-inflammatory activity of constituents of Cannabis sativa L. Inflammation 1988;12:361-71.
(6)Â Â Gaston TE, Bebin EM, Cutter GR, Liu Y, Szaflarski JP; UAB CBD Program. Interactions between cannabidiol and commonly used antiepileptic drugs. Epilepsia. 2017 Sep;58(9):1586-1592. doi: 10.1111/epi.13852. PMID: 28782097.
(7)Â Â Greger J, Bates V, Mechtler L, Gengo F. A Review of Cannabis and Interactions With Anticoagulant and Antiplatelet Agents. J Clin Pharmacol. 2020 Apr;60(4):432-438. doi: 10.1002/jcph.1557.. PMID: 31724188
(8)Â Â Madden K, Tanco K, Bruera E. Clinically Significant Drug-Drug Interaction Between Methadone and Cannabidiol. Pediatrics. 2020 Jun;145(6):e20193256. doi: 10.1542/peds.2019-3256. PMID: 32444381.
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