CBD contre l'endométriose
CBD
16/6/2022

CBD et endométriose : on tente, ou on snobe ?

Il est d’usage de dire qu’il n’y a pas une endométriose, mais des endométrioses. Comprenez : il y a autant de formes de la maladie que de femmes atteintes. Dans ce contexte, certaines trouvent un soulagement en prenant la pilule, d’autres trouvent leur compte dans une ménopause artificielle, ou dans un changement de régime alimentaire. Et puis parfois, malgré notre bonne volonté, on ne trouve pas chaussure à son pied. Hors des sentiers battus, il reste alors les médecines alternatives, dont la médecine par les plantes, et notamment, le CBD.

Je ne sais pas vous, mais moi, j’entends de plus en plus parler du CBD comme un remède miracle à tous les maux, et notamment à l’endométriose. Alors, CBD et endométriose : est-ce un pari gagnant ? Un mirage ? Un espoir ? Je démêle pour vous le vrai du faux.

 

Le CBD, c’est quoi exactement ?

Quand on parle de CBD, on repense bien vite à l’odeur de nos soirées lycée, aux yeux un peu vitreux de notre pote Théo, et à la petite – ou grosse – cigarette roulée, qui passe de main en main tel un calumet de la paix. Mais en fait non, l’idée n’est pas vraiment de s’allumer un joint à chaque fois que l’endométriose nous en fait voir de toutes les couleurs.

Le CBD, c’est le petit surnom donné au cannabidiol, qui selon le Larousse « est une substance active présente dans le cannabis, sans effet psychotrope, qui aurait des propriétés relaxantes. ».

Pour ceux du dernier rang qu’on aurait perdus en route, le cannabis est une plante, que l’on nomme aussi « chanvre » pour faire plus classe et moins polémique. Et rien que dans cette plante, l’OMS recense environ 200 composés présents, dont le CBD. Parmi ces composés, on entend aussi souvent parler du THC : c’est la substance psychotrope qui a fait le succès du cannabis à des fins récréatives. C’est aussi une des substances qui le rend dangereux.

Le CBD, dénué d’effets psychotropes, n’est pas considéré comme une drogue. Il est donc légal en France, à condition qu’il ne contienne pas plus de 0,2 % de THC résiduel. Plus que légal, le CBD est même devenu le « traitement » hype par excellence : on lui accorde des propriétés relaxantes, apaisantes, parfois antalgiques ou anti-inflammatoires. Alors forcément, si on en revient à nous, endogirls esseulées en mal de traitements adaptés  – je dramatise à peine – ça donne quand même envie de se pencher sur la question. Est-ce que CBD et endométriose pourrait être notre duo gagnant ?

 

CBD et endométriose : peut-on attendre de réels bienfaits ?

 Sur le papier, pas tellement….

Pour bien casser l’ambiance d’entrée de jeu, la position de l’OMS donne le ton : « L’OMS ne recommande pas l’usage du cannabidiol à des fins médicales. » (1). Mes espoirs s’envolent, telle la fumée de ma vapote à CBD flambant neuve. Damn.

Alors pourquoi l’OMS se positionne contre l’usage du CBD ? Tout simplement car les études scientifiques manquent afin de démontrer les bienfaits du CBD à visée thérapeutique. Pas assez nombreuses, pas assez abouties, axées sur le cannabis à usage médical, et non uniquement sur le CBD… Bref, on aurait aimé une étude scientifique qui dise noir sur blanc : « yes le CBD c’est top pour l’endo », mais ce ne sera pas pour cette fois.

Le seul point reconnu par l’OMS est l’usage du CBD pour calmer les spasmes liés aux crises d’épilepsie (2) ou aux pathologies associées (3). Un dernier point intéressant dans notre cas. Vous allez comprendre pourquoi.

…. Dans les faits, une piste prometteuse pour les douleurs neuropathiques

Comme l’expliquait le Dr Lhuillery, médecin de la douleur spécialisée dans l’endométriose, lors de la conférence EndoFrance « Endométriose et douleurs : quelle place pour le CBD ? » du 12 mars 2021 (4), on peut analyser les douleurs d’endométriose via trois axes :

·       L’inflammation des nerfs touchés par l’endométriose, qui crée une névralgie et les douleurs caractéristiques : décharge, élancement, irradiation ;

·       Le manque de mobilité lié aux névralgies, qui immobilisent les nerfs douloureux, avec un effet domino sur les nerfs et organes voisins – ou comment finir avec le bassin complètement figé ;

·       Le traitement de l’information douloureuse par le cerveau, qui module l’information de la douleur en fonction de l’humeur, de l’état émotionnel ou de stress.

Quel rapport avec l’épilepsie, me direz-vous ? Et bien Jamy, c’est très simple (dédicace aux 90’s) !

On traite les inflammations des terminaisons nerveuses, et donc du système nerveux, à l’aide d’anti-épileptiques ou d’antidépresseurs à visée antalgique. Cela tombe bien, le CBD a pour seule vertu reconnue son action anti-épileptique. A l’instar des traitements donnés traditionnellement, il peut apaiser les douleurs neuropathiques, et à terme, permettre aux nerfs de cicatriser. Pas mal, non ?

Une potentielle action sur les facteurs favorisant les douleurs d’endométriose

Au cours de la conférence « Endométriose et douleurs : quelle place pour le CBD ? » citée précédemment, le Dr Lhuillery partageait sa façon de voir le CBD et les bienfaits que l’on pourrait en attendre. Selon elle, le CBD pourrait avoir des effets anti-inflammatoires (5), afin d’agir sur les douleurs aiguës au moment des règles.

Le Dr Lhuillery, ainsi que de premières études réalisées sur le sujet, prêtent au CBD des vertus contre le stress et l’anxiété, piste qui reste à confirmer formellement. Si ces allégations sont validées par la recherche, le CBD pourrait jouer sur la manière dont le cerveau traite la douleur et limiter la sensation douloureuse. Enfin, si le CBD est intéressant face à l’épilepsie, c’est notamment pour calmer les spasmes qui surviennent durant les crises. On lui prête donc ainsi une action anti-spasmodique, qui dans le cas de l’endométriose, pourrait atténuer les douleurs pelviennes, les troubles intestinaux ou de la vessie, par exemple.

En clair, comme le résume l’OMS : le CBD « pourrait être utilisé à des fins médicales, mais d’autres éléments de preuve restent nécessaires. ». Et pour donner le mot de la fin concernant les bienfaits du CBD sur l’endométriose au Dr Lhuillery : « J’attends avec impatience les études à venir […] je pense que c’est un traitement qui a une place entière dans notre pharmacopée. »

 

Quel CBD choisir ? Sous quelle forme le consommer ?

Vous l’avez sûrement constaté si vous avez déjà mis les pieds dans une boutique spécialisée dans les produits à base de CBD : l’offre est vaste. Spray nasal, huile à mettre sous la langue, gommes à mâcher, huile à appliquer sur la peau, résine à faire infuser…

N’hésitez pas à demander conseil au vendeur, et à vous tourner vers la forme qui vous paraît la plus pratique dans votre quotidien. De manière générale, lorsqu’on ne connaît pas le CBD, il est recommandé de commencer par une huile en prise orale, afin de pouvoir maîtriser simplement le dosage. De plus, la prise orale permet une action relativement rapide, sous 30 à 60 minutes.

Dans tous les cas, voici quelques repères pour choisir vos produits à base de CBD :

·       Méfiez-vous des allégations des marques sur les effets thérapeutiques, car celles-ci sont tout simplement interdites, puisque nous avons peu de preuves des bienfaits du CBD.

·       Choisissez des produits qui respectent la norme en France, c’est-à-dire, des produits qui ne dépassent pas un taux de THC de 0,2 %.

·       Tournez-vous vers les marques qui informent sur les risques du CBD. Il est de leur responsabilité d’indiquer aux consommateurs comment prendre leurs produits en toute sécurité. Sans information sur ces risques, on peut supposer un manque de sérieux de la marque.

CBD et endométriose : quel dosage consommer ?

En France, vous pouvez trouver des produits présentant différents taux de CBD, allant de 5% à 45 %. Pour commencer sereinement, le Dr Lhuillery, toujours lors de la conférence EndoFrance dédiée au CBD, conseillait de choisir une huile à 15 ou 20 % de CBD.

Ensuite, on prend une à deux gouttes d’huile et on attend 30 à 60 minutes afin de voir si des effets – désirables ou indésirables – se manifestent. Si tout va bien, on peut renouveler la prise. Vous pouvez ainsi tâtonner à votre rythme vers le dosage idéal. Le but ? Voir si l’on trouve un soulagement dans l’usage du CBD pour l’endométriose, sans pour autant souffrir d’effets secondaires. A noter : la durée d’action du CBD est de 6 h en moyenne.

 

L’usage du CBD présente-t-il un risque ?

Selon l’OMS : « Le Comité OMS d’experts de la pharmacodépendance a conclu que, à l’état pur, le cannabidiol (CBD) ne semble pas présenter de potentiel d’abus, ni être nocif pour la santé. »

En soi, le CBD seul ne présente donc pas de risques de dépendance. Il ne constitue pas non plus de menace pour votre santé, à condition de l’utiliser en respectant les dosages, et sans l’associer à d’autres substances. En effet, le CBD semble présenter des risques importants d’interaction avec d’autres traitements médicamenteux.

C’est notamment le cas avec les antiépileptiques (6), les anticoagulants (7), les immunosuppresseurs et avec la méthadone (8), souvent utilisée dans les traitements des douleurs du cancer. Vigilance donc : ne prenez pas de CBD si vous avez l’un de ces traitements ou tout autre traitement médical lourd. Ensuite, certains risques sont liés au mode de consommation du CBD. Par exemple, consommé inhalé (comprenez fumé), le CBD représente des risques cardiovasculaires et cancérigènes, à cause de la combustion.

 

Le CBD a-t-il des effets secondaires ?

Du côté des effets indésirables possibles, on note : bouche sèche, vertiges, nausées, somnolence ou trouble du sommeil, maux de tête et migraine, fluctuation de l’appétit, troubles digestifs type diarrhée.

Comme toujours avec les effets secondaires, tout dépend de votre profil physiologique et de votre tolérance au CBD. Vous pouvez très bien le supporter, comme rencontrer des effets indésirables plus ou moins marqués. Quoi qu’il en soit, gardez à l’esprit : les bénéfices apportés par ce « traitement » doivent être plus importants que les effets secondaires. Enfin, comme avec tous les traitements pouvant entraîner des somnolences, soyez vigilante et ne prenez pas le volant après avoir consommé du CBD. 

CBD et endométriose : vos témoignages

Morgane

“J’en utilise en huile à 20% et en granules ( type homéopathie) et ça calme bien les douleurs légères à moyennes. Le CBD m’évite de prendre des médicaments pour rien.”

Emi

“L'utilisation du CBD m'aide beaucoup ! Je prends 3 gouttes dosées à 20 % et ça me calme vraiment rapidement. Depuis peu, mon copain s'est acheté une "vapoteuse" pour le cbd et j'ai testé sur mon dernier cycle car  je ne retrouvais pas mon huile de cbd. C'est aussi efficace mais je ne suis pas fan de faire passer ça par mes poumons. J'ai aussi un lubrifiant au CBD dont je me sers pour me masser le ventre tout ça fonctionne très bien pour moi. Et depuis que le Dr Lhuillery m’a conseillé de reprendre des gouttes quand la première dose ne suffit pas, ça a vraiment amélioré mon expérience. Le gros hic ? Le prix. Même si finalement, je n'ai pas besoin de gros dosage et que ma fiole de CBD à 20 % me dure plusieurs mois (70€).”

Adèle

“Le CBD m’aide beaucoup, surtout quand les crises me font stresser (est-ce que je vais pouvoir aller au bureau ?) etc. Ça apaise mes douleurs et donc mon stress, me permet de dormir sans me tordre de douleur. J’en prends sous forme d’infusion et ça marche très bien.”

Ophélie

“J’utilise de l’huile de CDB que j’applique tout au long du mois et particulièrement lors du début du cycle. Ça a l’air de faire son effet. J’étais encore hier en crise (J1) et j’ai réussi à passer une nuit plus ou moins correcte. Il m’arrive aussi de fumer du cbd de temps en temps ou de boire des tisanes. Mais l’application locale est ma principale utilisation et je dois dire que ça fonctionne !

 

Alors, le CBD pour l’endométriose, on tente, ou on snobe ?

Concrètement, nous sommes encore dans une zone de floue autour du CBD. Cette substance ne semble pas spécialement dangereuse, elle semble avoir des vertus très intéressantes dans un cadre médical, mais les preuves sont encore insuffisantes pour crier victoire : on ne peut pas affirmer que les bienfaits sont garantis, ni fournir une posologie claire. De plus, la réglementation autour des produits à base de CBD reste floue en France, ne garantissant pas toujours la sécurité des consommateurs.

Alors officiellement, les institutions de santé votent plutôt contre. Du côté des endogirls, le CBD peut constituer un nouvel espoir d’un traitement alternatif, qui pourrait peut-être, enfin, correspondre à celles qui ne trouvent pas de remède pour apaiser leurs douleurs. Dans ce contexte, il nous revient de choisir, à nous et à nous seule, en connaissance de cause, si l’on souhaite tester le CBD, ou si l’on préfère attendre d’en savoir plus.

Sources :

(1)    OMS : https://www.who.int/fr/news-room/questions-and-answers/item/cannabidiol-(compound-of-cannabis)

(2)   Stockings, E. et al. (2018) ‘Evidence for cannabis and cannabinoids for epilepsy : A systematic review of controlled and observational evidence’, Journal of Neurology, Neurosurgery and Psychiatry, 89(7), pp. 741–753.

(3)    Devinsky, O. (2017) ‘Trial of Cannabidiol for Drug-Resistant Seizures in the Dravet Syndrome’, New England Journal of Medicine, 377(7), pp. 699–700.

(4)    Conférence EndoFrance : Endométriose et douleurs : quelle place pour le CBD ? Le 12 mars 2021, disponible sur https://www.youtube.com/watch?v=qDywjfFT5xs

(5)    Formukong EA, Evans AT, Evans FJ. Analgesic and anti-inflammatory activity of constituents of Cannabis sativa L. Inflammation 1988;12:361-71.

(6)    Gaston TE, Bebin EM, Cutter GR, Liu Y, Szaflarski JP; UAB CBD Program. Interactions between cannabidiol and commonly used antiepileptic drugs. Epilepsia. 2017 Sep;58(9):1586-1592. doi: 10.1111/epi.13852. PMID: 28782097.

(7)    Greger J, Bates V, Mechtler L, Gengo F. A Review of Cannabis and Interactions With Anticoagulant and Antiplatelet Agents. J Clin Pharmacol. 2020 Apr;60(4):432-438. doi: 10.1002/jcph.1557.. PMID: 31724188

(8)    Madden K, Tanco K, Bruera E. Clinically Significant Drug-Drug Interaction Between Methadone and Cannabidiol. Pediatrics. 2020 Jun;145(6):e20193256. doi: 10.1542/peds.2019-3256. PMID: 32444381.

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