PrĂŞte ? On s’attaque ici Ă un gros morceau : les causes de l’endomĂ©triose.Â
Cette question est l’une des plus importantes auxquelles les chercheurs tentent de rĂ©pondre. Les explications Ă©voquĂ©es sont nombreuses, mais dans les faits, on ne connaĂ®t pas vraiment les raisons expliquant pourquoi on a de l’endomĂ©triose.Â
L’épidĂ©miologiste Marina Kvaskoff explique, dans son interview accordĂ©e au mag Lyv, qu’il existe plusieurs pistes relatives aux origines de la maladie : gĂ©nĂ©tique, immunitaire, hormonale, inflammatoire, lien avec les perturbateurs endocriniens…Â
Sur cette question des causes de l’endomĂ©triose, il faut distinguer deux aspects :Â
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Selon la Haute AutoritĂ© de SantĂ©, l’endomĂ©triose est “une maladie multifactorielle, rĂ©sultant de l’action combinĂ©e de facteurs gĂ©nĂ©tiques et environnementaux, et de facteurs liĂ©s aux menstruations”. En bref, les facteurs de risque Ă©manent Ă la fois de l’innĂ© c’est-Ă -dire de nous-mĂŞme, de nos gènes ET de l’acquis donc de ce qui nous entoure, de l’environnement dans lequel nous vivons. Des Ă©tudes sur des jumeaux ont ainsi permis de dĂ©montrer que la gĂ©nĂ©tique et l’hĂ©rĂ©ditĂ© expliquent 50% des cas d’endomĂ©triose, et que l’autre moitiĂ© des cas sont expliquĂ©s par des facteurs liĂ©s Ă l’environnement comme les perturbateurs endocriniens.Â
Les Ă©tudes scientifiques nous apprennent Ă©galement qu’on aurait de plus grandes chances d’avoir une endomĂ©triose avec :Â
Focus sur ces fameux perturbateurs endocriniens. Ă€ ce sujet, les Ă©tudes rĂ©vèlent des rĂ©sultats parfois contradictoires quant Ă leur rĂ´le. Certains seraient plus impliquĂ©s que d'autres dans l'apparition de l'endomĂ©triose. Le plus souvent retenu : l'exposition aux composĂ©s organochlorĂ©s (pouvant se trouver dans des solvants, pesticides, insecticides, fongicides…). L’épidĂ©miologiste Marina Kvaskoff en parle en ces termes : “Il y a certains perturbateurs endocriniens qui ont Ă©tĂ© associĂ©s Ă un risque accru d’endomĂ©triose. Cela concerne les polluants organiques persistants (les POPS) : les polychlorobiphĂ©nyles, les pesticides organochlorĂ©s, les dioxines. Ce sont majoritairement des perturbateurs qui ne sont plus autorisĂ©s dans la production industrielle”.Â
Prudence toutefois dans l’interprĂ©tation des rĂ©sultats des Ă©tudes. DĂ©finir ces substances comme “facteurs de risques” ne signifie pas qu’elles reprĂ©sentent un risque pour tous et dans tous les cas. Cela veut dire, en revanche, que, pour l’ensemble de la population, ces caractĂ©ristiques sont associĂ©es Ă un risque plus Ă©levĂ© d’avoir une endomĂ©triose. Nuance.Â
Ă€ l’inverse, il semblerait qu’il existe moins de risque de dĂ©velopper une endomĂ©triose dans les cas suivants :Â
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Plusieurs théories existent sur le fonctionnement de l’endométriose et ses mécanismes. Chacune d’entre elles expliquent une partie des cas, mais aucune n’explique l’ensemble des cas. Tout ce que l’on peut affirmer, c’est que l’endométriose est une maladie terriblement complexe et qu’il est fort probable que plusieurs mécanismes soient impliqués dans son développement. S'il existe différentes théories, elles ne se contredisent pas et peuvent même sans doute co-exister et expliquer la diversité des endométrioses.
En 1927, le gynĂ©cologue John A. Sampson rĂ©dige un article sur la thĂ©orie longtemps considĂ©rĂ©e comme la rĂ©fĂ©rence : celle des menstruations rĂ©trogrades.Â
Cette thĂ©orie apparaĂ®t comme la plus “logique” pour expliquer les lĂ©sions d’endomĂ©triose les plus proches de l’utĂ©rus. Explications : l’endomètre, muqueuse tapissant l’intĂ©rieur de l’utĂ©rus, s’évacue Ă chaque cycle via le vagin, formant les règles. GravitĂ© oblige (en position allongĂ©e par exemple), un phĂ©nomène physique naturel de reflux pourrait se produire, projetant les cellules endomĂ©triales vers l’extĂ©rieur via les trompes de Fallope. Ces dernières rĂ©agiraient Ă l'extĂ©rieur de la cavitĂ© utĂ©rine comme Ă l’intĂ©rieur en saignant Ă chaque cycle. Les amas formĂ©s par ces saignements non Ă©vacuĂ©s infiltreraient petit Ă petit les parois sur lesquelles ils se trouvent (de façon plus ou moins profonde) et c’est ainsi qu’apparaĂ®traient les lĂ©sions et adhĂ©rences entre organes. Ces atteintes, Ă©trangères et hostiles au corps, feraient rĂ©agir le système immunitaire qui renverrait un signal d’alerte sous forme d’inflammation chronique. Ainsi dĂ©marrerait le cercle infernal inflammation-dĂ©règlement hormonal.Â
Vu comme ça, ça tombe sous le sens. Le souci : cette thĂ©orie ne permet pas d’expliquer les lĂ©sions situĂ©es loin de l’utĂ©rus, comme sur le diaphragme ou jusque dans le cerveau. Â
Pour expliquer ces cas d’endomĂ©triose extra-pelvienne, d’autres thĂ©ories ont vu le jour. Parmi elles, la mĂ©taplasie coelomique.Â
De son petit nom “métaplasie”, cette théorie consiste à dire que certaines cellules, certains tissus présents dans le corps se transformeraient sous l’effet de facteurs hormonaux ou immunologiques en tissus ressemblant à de l’endomètre, dotés des mêmes caractéristiques et se comportant de la même façon.
Autre thĂ©orie : celle des mĂ©tastases lymphatiques et vasculaires basĂ©e sur le principe selon lequel les cellules d’endomètre seraient transportĂ©es par les vaisseaux lymphatiques et sanguins, validant la prĂ©sence de lĂ©sions d’endomĂ©triose en dehors de la zone pelvienne.Â
Enfin, l’une des hypothèses les plus probables et que nombreux défendent est que l’endométriose existerait dès la vie foetale. C’est ce qu’ont notamment démontré deux études italiennes du chercheur Pierto Signorile (sources ci-dessous) menées sur des fœtus de filles. Lors de l’organogenèse (le moment où les organes se forment chez l’embryon), des tissus d’endomètre se désagrégeraient en dehors de la cavité utérine. À ce propos, on sait également que c’est lorsque les organes génitaux se développent que l'exposition aux perturbateurs endocriniens est la plus dangereuse. C'est pour cela qu’il est d’autant plus important de manger bio et d'éviter la pollution pendant la grossesse.
En bref, plusieurs explications possibles mais aucune certitude et une grande inconnue : l'endomĂ©triose est-elle due Ă un dysfonctionnement du système immunitaire ou plutĂ´t Ă l'inflammation ? Et bien… On ne sait pas vraiment.Â
D'un côté, il est observé qu'un “comportement aberrant” des cellules immunitaires permet “l'implantation et la survie des lésions” d'endométriose. Pourquoi ? Parce que ce comportement aberrant des cellules immunitaires provoque une inflammation dont le but est de répondre à une “infection ou à un traumatisme”. Mais ce dérèglement est-il à l'origine de l'implantation de l'endométriose ou permet-il de maintenir l'endométriose en place au cours du temps ? Comment savoir s’il est lié et quand il est lié aux hormones seules ou à d’autres facteurs (perturbateurs endocriniens, génétique,...). Mystère…
Autre question : comment expliquer la progression des lĂ©sions, leur Ă©tendue ? Plusieurs Ă©lĂ©ments de rĂ©ponses coexistent :Â
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Exposer toutes ces théories, soulever toutes ces interrogations, entrer dans le détail des causes et facteurs de risques, c’est une fois de plus envisager la complexité de l’endométriose. Alors s’il ne fallait retenir qu’une seule information ici, ce serait bien la suivante : en l’état actuel, on ne peut ni affirmer, ni réfuter aucune des théories relatives aux causes de l’endométriose. Il se peut qu’une, plusieurs ou aucune ne soient vraies. On n’en sait rien et c’est exactement pour ça que nos yeux restent rivés sur la recherche sur la maladie et ses financements.
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(date de mise Ă jour : octobre 2023)

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