
Redaction Lyv
À ce jour, même si certaines options médicamenteuses existent, on ne connaît pas de traitement allopathique pour faire face à l’endométriose. Or, les symptômes de la maladie, allant des douleurs abdominales aux complications liées à la fertilité en passant par les troubles digestifs, les douleurs neuropathiques, et une foule d’autres joyeusetés, peuvent avoir un impact considérable sur notre qualité de vie. Beaucoup se tournent donc vers des solutions naturelles pour soulager l’endométriose, comme l’alimentation mais aussi le mouvement. La Haute Autorité de Santé et de nombreux professionnel.le.s de santé spécialisé.e.s recommandent en effet la mobilité douce, et en particulier la pratique du yoga, aux personnes atteintes d’endométriose (Dr Lhuillery dans cette interview, par exemple). Pour diverses raisons, cette pratique peut effectivement s’avérer un allié précieux face aux douleurs provoquées par la maladie et améliorer le bien-être des personnes touchées. Tout ça, vous le savez certainement déjà mais savez-vous vraiment comment le yoga agit sur l’endométriose ? Je vous explique tout !
Pourquoi moi ? Je m’appelle Hannah Bensoussan, je suis professeure de yoga depuis 8 ans, formée à l’Ecole Française de Yoga (en 4 ans, 900h) et en Inde (200h), diagnostiquée de l’endométriose depuis 7 ans, membre du Résendo en tant que psychologue clinicienne, et j’enseigne le yoga adapté aux personnes atteintes d’endométriose. Entre vécu et preuve scientifique, je vous propose de nous arrêter sur quelques-unes des meilleures raisons de pratiquer le yoga quand on a de l’endométriose.
Très schématiquement, on pourrait dire que là où l’endométriose passe, le mouvement trépasse et que ça fait très mal. Mais comment ça se fait au juste ? Il y a notamment deux raisons à cela. La première : le mécanisme d’adhérences dont vous avez sûrement entendu parler et qui a pour conséquence de “bloquer” les zones atteintes par l’endométriose.
Autre cause d’immobilité des tissus : la douleur. Dans ce cas, disons que plus on a mal, plus les zones concernées se crispent. Et plus elles se crispent, plus elles sont douloureuses. Bref, on est face à un sacré cercle vicieux.
À cela s'ajoute la fatigue, maillon supplémentaire non négligeable de notre cercle vicieux et raison de moins de se mettre en mouvement.
C’est là que le yoga entre en jeu : via une mobilité douce, adaptée, régulière, il peut contribuer à contrer les effets des adhérences, aider à réintégrer le mouvement dans les zones “coincées”, et ainsi jouer un rôle bénéfique face aux douleurs. C’est pas moi qui le dit (enfin si, mais), c’est la science (aussi). Une étude brésilienne a par exemple montré une réduction significative des douleurs et une augmentation de la qualité de vie après 8 semaines de yoga (90 minutes, 2 fois par semaine). [1]
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J’aime à dire qu’en yoga, on apprend à suivre sa joie. Bien plus qu’une pratique posturale, le yoga est une philosophie holistique, d’union (c’est d’ailleurs un des sens du mot yoga : union) et d’apaisement qui peut avoir des effets sur toutes les parts de soi : corps et esprit, émotions et mental. Un des principes fondamentaux du yoga est guidé par la définition que les “Yoga Sutra” (un des textes fondamentaux du yoga) donnent de la posture : sthira sukha, c’est-à-dire l’aisance dans la fermeté.
Selon cette définition, une posture de yoga permet de trouver la juste place, ni dans la mollesse (qui reviendrait au très compréhensible “je ne bouge pas quand j’ai mal”) ni dans la brusquerie (dont on a souvent l’habitude quand on a de l’endométriose : se forcer à faire même quand le corps dit stop). C’est trouver un espace de douceur, où on écoute ce dont le corps a besoin, ce qui pourrait l’aider, le soulager.
Cette philosophie de l’écoute, du non jugement, et de la recherche de justesse pour le corps participe, selon moi, à l’effet apaisant du yoga, avec bien sûr le fait de ralentir, de respirer, d’étirer et d’engager les muscles, de se détendre. Cet apaisement constitue aussi un des bienfaits du yoga pour l’endométriose : il réduit le stress et, avec lui, l’inflammation, qui jouent un rôle important dans le vécu de la maladie.
De nombreuses études ont observé les effets du yoga sur le stress et l’inflammation démontrant notamment que la pratique du yoga augmente le taux de GABA, qui participe à réduire l’anxiété et améliorer l’humeur [2], diminue l’inflammation [3], restaure la fonction endothéliale (anti-inflammatoire) [4] et réduit les risques de maladies inflammatoires [5]. Oui, tout ça ! Ça vaut peut-être le coup de tenter, non ?
Le yoga ne se substitue évidemment pas à votre parcours de soins ou aux autres solutions que vous pouvez mettre en place, mais il s’y ajoute, peut s’avérer très bénéfique dans votre quotidien avec la maladie avec un effet direct sur certains symptômes. Lesquels ?
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De part mon expérience, j’ai pu observer d’autres effets bénéfiques du yoga :
Avec tout ça, vous vous demandez peut-être encore si le yoga est vraiment fait pour vous et adapté à vos besoins. Sachez qu’il existe des cours focus endométriose mais aussi diverses approches de yoga doux qui peuvent tout à fait vous correspondre. Vous pouvez ainsi trouver des cours centrés sur certains des symptômes évoqués plus haut qui vous aideront à comprendre et à vous approprier la pratique pour améliorer votre quotidien avec la maladie.
Bien sûr, tout ça dépend des professeur.e.s, et il s’agit de tester mais voici ce que je peux vous dire, pour finir, sur la base de mon expérience et des cours que je donne : Un bon cours de yoga, ce n’est pas un endroit où il est indispensable d’être souple, “baraqué”, ou capable d’acrobaties incroyables ou encore un lieu où il faudrait absolument connaître les noms de toutes postures en sanskrit. Je le dis parce que je sais que c’est une discipline qui peut être intimidante. Rassurez-vous, un des principes du yoga, c’est justement de sortir de la performance. Le yoga s’adapte à la personne, et non l’inverse !
Voilà, j’espère que cet article vous aura donné envie de tenter l’expérience et je serais ravie de vous retrouver sur le tapis si l’envie vous en dit !